Le nom divin « Yahvé » prononcé en public dans la synagogue
| Référence | EMV 59.3 |
|---|---|
| Type | Histoire |
| Verdict | Douteux |
| Note d'erreur | 60/100 |
| Confiance | moyenne |
Passage
« « “ ...car ainsi parle Yahvé, le Dieu d'Israël ” » (59.3) ; « Yahvé vous a frappés, oui, dans le présent » (59.5) »
Lecture du texte
Pour la lecture (59.3, Jos 7,13), l'italien porte « dice il Signore Dio d'Israele » : pas de Tétragramme, le 'Yahvé' français est une addition du traducteur ; sur ce point l'anomalie est un faux positif. En revanche dans l'homélie qui suit (59.5), l'italien fait dire à Jésus, en public dans la synagogue de Capharnaüm : « Vi ha colpiti, sì, Geavè nel presente », et la note de Valtorta rattachée à ce mot décrit une prononciation effectivement entendue. Personne ne réagit.
Faits établis
Mishna Sota 7,6 et Tamid 7,2 : au Temple les prêtres prononçaient le Nom tel qu'il est écrit, 'en province' (hors du Temple) on disait un substitut (Adonaï). Mishna Yoma 6,2 : le grand prêtre le prononçait à Kippour. Mishna Sanhédrin 10,1 (Abba Shaoul) : qui prononce le Nom selon ses lettres n'a pas part au monde à venir. Talmud Yoma 39b : les prêtres cessèrent de bénir avec le Nom après la mort de Siméon le Juste. Josèphe (Ant. II,275-276) dit qu'il ne lui est pas permis d'en parler ; Philon (Vie de Moïse II,114.206) le dit réservé au sanctuaire ; à Qumrân (1QS 6,27-7,2) prononcer le Nom est puni d'exclusion et les scribes l'écrivent en paléo-hébreu ; la Septante le rend par Kyrios. Contre-indice isolé : Mishna Berakhot 9,5 (fin) rapporte qu'on 'institua de saluer son prochain avec le Nom' (Rt 2,4), signe que l'interdit n'était pas absolu à toute époque ; mais ces textes sont rédigés vers 200 et l'usage pré-70 hors du Temple reste mal documenté. Sur la forme : les transcriptions anciennes donnent Iaô, Iaoue (Clément d'Alexandrie, Strom. V,6,34), Iabe (Théodoret, prononciation samaritaine), d'où la reconstruction savante 'Yahweh'. 'Jehovah' (it. Geova/Jehovà) combine les consonnes YHWH et les voyelles d'Adonaï posées par les massorètes pour faire lire Adonaï (qeré perpétuel) ; la forme apparaît chez Raymond Martin (Pugio fidei, 1270) et est popularisée par Galatinus (1518). Aucune source antique n'atteste une prononciation 'Jehova' ; la thèse 'Yehovah' originelle (N. Gordon et quelques autres) reste marginale. En liturgie publique hors du Temple (synagogue), toutes les sources convergent vers la substitution par Adonaï ; les évangiles montrent d'ailleurs Jésus employant des périphrases ('la Puissance', Mc 14,62 ; 'le royaume des cieux' chez Mt).
Défenses examinées
Défense de J.-F. Lavère
Rien sur ces passages. Seule l'énigme [503] (Les grandes fêtes juives, à propos du 'sciemanflorasc' de 503.9) rappelle que le Nom ineffable n'était prononcé que par le grand prêtre une fois l'an au Temple, ce qui va plutôt contre le passage et ne le défend pas.
Défense du wiki Maria Valtorta
Pages 'Le Nom divin' et 'Anachronismes apparents dans l'œuvre de Maria Valtorta' (section Jéhovah -- Yahvé) : l'original italien emploie Geovè/Geovà/Geavè/Javé (39 chapitres), la traduction française a normalisé en 'Yahvé' ; les Cahiers (dictée sur l'Apocalypse, 1945-1950) affirment que 'Jéhovah' est la prononciation originelle, conservée en Galilée ; le nom Yehoshua contient 'Yeho'. La page sur l'avis d'A. Vaccari (Saint-Office, 1949) montre que l'objection sur 16.2 est ancienne et y répond que la vocalisation massorétique et les noms théophores prouvent que le Nom était prononçable. Ne convainc pas : la dictée des Cahiers est une affirmation interne à l'œuvre, non une preuve ; les noms théophores (Yeho-, Yah-, -yahu) montrent qu'on disait l'élément abrégé, pas le Nom complet ; les points-voyelles massorétiques sont justement ceux d'Adonaï, posés pour ne pas prononcer le Nom. Le wiki reconnaît lui-même qu'on remplaçait le Nom par Adonaï en lecture publique. Le wiki cite d'ailleurs 59.5 sous la forme 'Jéhovah vous a frappés'.
Réponses aux critiques
Rien trouvé dans defense-docs (grep yahv/jéhov/jehov/geov/tétragramme/ineffable/Adonaï sans résultat pertinent).
Autre défense possible
Défense théologique : le Fils de Dieu serait libre de prononcer le Nom ; elle ne répond pas à l'absence de toute réaction de l'auditoire. Défense textuelle partielle : la lecture elle-même est neutre dans l'original.
Remarques
Anomalie à scinder : 59.3 (lecture) = faux positif de traduction ; 59.5 (homélie, 'Geavè') = cas le plus fort de la famille, car usage public en synagogue sans scandale. Score global tiré vers le bas par la partie 59.3.