Jérusalem, ses portes, ses palais et son temple
Article de L'Énigme Valtorta (Jean-François Lavère), partie « Un inventaire architectural exhaustif ».
En trois années, Jésus séjourna plusieurs semaines à Jérusalem et ses environs. De même ses parents et ses aïeux y vinrent en pèlerinage. C'est donc à de multiples occasions que Maria Valtorta évoque la cité Sainte. Si l'on met bout à bout toutes les descriptions qu'elle en fournit, ce sont des dizaines et des dizaines de pages qui se trouvent rassemblées. Il faudra consacrer un livre entier à ce sujet, si l'on veut donner une vue exhaustive des informations sur Jérusalem et sa région contenues dans l'œuvre. Je me bornerai donc à indiquer quelques points isolés, pour illustrer une fois encore le remarquable niveau de précision des descriptions de Maria Valtorta.
Par exemple, quand à plusieurs reprises elle mentionne le « Bel Nidrasc » ou « Bel Nisdrasc »67.6, 111.3, 243.3, 492.2, il s'agit sans doute possible de la maison d'études, ou Beth Midrasch, cet emplacement, « situé dans la cour des gentils où le Sanhédrin tenait ses séances aux sabbats et aux jours de fêtes[1] », l'endroit où semble-t-il, Jésus dialogua, à 12 ans, avec les docteurs du Temple, et où il enseigna ensuite (Jean 10, 23). La localisation exacte de ce lieu réservé à l'enseignement reste à prouver, mais le texte de Maria Valtorta évoque semble-t-il le portique de Salomon225.5, à l'est du parvis des gentils, ces « portiques très vastes et très élevés sont remplis d'une foule qui écoute les instructions des rabbins »281.4, là même où le cousin Joseph exhorte Jésus à se rendre : « Monte au Temple et siège dans le Portique de Salomon - tu es de la souche de David et prophète, cette place te revient, elle ne revient à personne comme à Toi, de droit - et parle »478.5.
Un jour, pour échapper à la violence qui se déchaîne contre Lui, Jésus doit s'enfuir par « une petite porte basse, cachée dans le mur du portique ». Il chemine dans « une galerie, entre les puissantes murailles de pierre, dont je ne sais comment elles s'appellent en architecture. Les pierres en sont encastrées, dirais-je, avec des pierres larges qui encadrent les plus petites, et vice versa. Je ne sais si je m'explique bien. Elles sont sombres, puissantes, taillées grossièrement, à peine visibles dans la pénombre des fentes étroites placées en haut à des distances régulières pour aérer et empêcher l'endroit d'être complètement obscur. C'est une étroite galerie dont je ne sais à quoi elle sert mais qui me donne l'impression de tourner sous tout le portique (...) On descend aux citernes… et on sort vers le Cédron. C'est un chemin ancien, pas toujours destiné à un bon usage »507.12.

C'est presque avec les même mots que les commentateurs décrivirent la découverte en 1996, d'un tunnel hasmonéen sous l'esplanade du temple. Mais ici il pourrait s'agir d'une des galeries devenues inaccessibles depuis, et distinctes du tunnel d'Ézéchias, explorées par l'expédition clandestine de Parker en 1909-1911[2]. Même les détails en apparence les plus insignifiants s'avèrent renfermer des vérités : « Jésus... pénètre dans l'enceinte du Temple, et ... s'arrête dans un endroit entouré de portiques et proche d'une grande cour, pavé de marbres de couleurs variées »68.1. Cette description correspond au parvis des Gentils et à l'entrée de la cour des femmes, devant la Belle Porte (voir aussi85.3) et c'est presque mot pour mot la description qu'en faisait Flavius Josèphe : « toute la partie qui était à découvert était pavée de pierres différentes, aux couleurs variées[3] ». Ailleurs encore, Maria Valtorta admire « La belle porte de Nicanore, tout un travail de broderie en bronze massif laminé d'argent »6.3. L'accès à la porte de Nicanor se faisait depuis la Cour des Femmes, en gravissant quinze marches. Ces portes en bronze, rapportées d'Alexandrie par Nicanor, furent effectivement laissées en l'état, car leur bronze brillait comme l'or[4] lorsque toutes les autres portes du temple furent garnies d'or et d'argent[5]. Il semble peu probable que Maria Valtorta ait pu avoir une connaissance aussi incisive du texte de Flavius Josèphe pour avoir noté et rapporté ce détail en apparence insignifiant. Le texte de Maria Valtorta contient aussi, comme en filigrane, des informations précieuses sur l'ensemble des portes permettant d'accéder à Jérusalem au temps de Jésus. Elle en désigne nommément une dizaine. Il est probable que quiconque étudiera exhaustivement ces informations, en les recoupant avec de nombreux autres détails topographiques, pourra faire avancer de façon significative la connaissance dans ce domaine.
Notes
- ↑ Voir docteur Sepp, Jésus-Christ, Etude sur sa vie et sa doctrine 1866 page 117 qui cite Gemara Sanhedrin f 88, 2.
- ↑ En 1911 R. Savignac (Ecole biblique de Jérusalem) en prit des photos.
- ↑ Flavius Josèphe, Guerres juives, V, 2, 190.
- ↑ Mishnah, Middot 2, 3 (Source: Israël Temple Institute). Cité aussi par Herbert Danby, The Mishnah, Oxford University Press, 1933.
- ↑ Flavius Josèphe, Guerres juives V, 2, 3.
Analyse critique
| Critère | Niveau | Justification |
|---|---|---|
| Exactitude des faits | 🟠 Mitigé | Dallage, enseignement et bronze de Nicanor ont des appuis réels, mais la découverte de 1996 et la confirmation du placage d'argent sont mal présentées. |
| Caractère inexplicable introuvable avant 1943-1947 ? |
🔴 Fragile | Plusieurs correspondances étaient déjà publiées au XIXe siècle, tandis que la galerie demeure sans identification indépendante. |
| Rigueur de l'argument | 🔴 Fragile | L'article reconnaît certaines incertitudes mais traite des rapprochements partiels comme des confirmations plus précises qu'ils ne le sont. |
Ce que soutient l'article
L'article propose quelques exemples de la précision des descriptions de Jérusalem dans l'EMV : lieu d'enseignement, galerie souterraine, dallage et porte de Nicanor. Il reconnaît que plusieurs localisations restent à établir, mais estime ces détails difficilement explicables par les connaissances ordinaires de Valtorta. L'étude exhaustive des portes demeure ici un programme de recherche, non une démonstration achevée.
Points solides
- Le dallage constitue une correspondance réelle. EMV 68.1 décrit une cour pavée de marbres de différentes couleurs ; Josèphe décrit les espaces découverts du Temple comme pavés de pierres de diverses sortes. L'image générale concorde donc, même si la traduction consultée de Josèphe ne précise pas exclusivement le marbre.[analyse 1]
- Le rapprochement du « Bel Nidrasc » avec une maison d'étude n'est pas gratuit. La Tosefta mentionne un beth hamidrash sur le mont du Temple, où les juges se réunissaient les sabbats et jours de fête. Jean situe effectivement Jésus dans le portique de Salomon. Ces attestations soutiennent le cadre général d'un enseignement au Temple.[analyse 2]
- Le bronze de Nicanor et les quinze marches appartiennent bien à la tradition du Temple. Les principales citations de l'EMV sont également authentiques dans les deux langues, y compris la galerie descendant vers les citernes et le Cédron.[analyse 3]
Points discutables ou fragiles
- Maison d'étude, portique de Salomon et siège festif du Sanhédrin ne sont pas automatiquement un seul emplacement. La Tosefta donne le mont du Temple ; Sanhédrin 88b parle du Hel, la terrasse ou enceinte intérieure. Les passages de l'EMV cités ne démontrent pas l'identité topographique de tous ces lieux. Lavère reconnaît d'ailleurs cette incertitude.[analyse 2][analyse 4]
- Le parcours de la galerie reste non identifié. L'aqueduc hasmonéen présenté par la Fondation du Mur occidental est creusé dans le roc, au nord du mur occidental ; EMV 507.12 décrit une galerie maçonnée débouchant face au mont des Oliviers. Cette différence empêche une identification directe. L'autre possibilité évoquée, une galerie explorée par Parker, demanderait un plan et une correspondance documentée ; les photographies de Savignac invoquées n'ont pas été vérifiées ici.[analyse 5]
- L'accessibilité ancienne est sous-estimée. Edersheim décrivait dès 1874 le dallage de marbres variés, les portiques d'enseignement et les marches de Nicanor. Ces données ne nécessitaient donc pas une lecture personnelle particulièrement approfondie de Josèphe. Cela établit un antécédent disponible, sans démontrer que Valtorta l'aurait lu.[analyse 3]
Erreurs ou inexactitudes
- L'année 1996 correspond à l'ouverture d'une sortie du parcours souterrain vers la Via Dolorosa, non à sa découverte initiale. La Fondation situe la reconnaissance de l'aqueduc au XIXe siècle et sa redécouverte en 1985. Présenter 1996 comme la découverte qui confirmerait l'EMV est donc trompeur.[analyse 5][analyse 6]
- Le « bronze […] laminé d'argent », présent aussi dans l'italien, n'est pas confirmé par les sources invoquées. Middot explique l'absence de dorure par le miracle ou l'éclat du bronze ; Josèphe oppose le bronze corinthien aux portes plaquées. Une exception à la dorure n'atteste pas un placage d'argent. C'est une confirmation abusive, plutôt qu'une impossibilité historique démontrée : l'identification des portes et l'état décrit à l'époque d'Anne demanderaient aussi examen.[analyse 3][analyse 1]
Bilan
Plusieurs détails concordent avec les sources anciennes et méritent une appréciation positive. Mais ces concordances étaient déjà publiées, tandis que les identifications souterraines restent conjecturales. L'ensemble soutient des descriptions plausibles et parfois bien concordantes ; il ne démontre pas encore une précision inexplicable.
Sources de l'analyse
- ↑ 1,0 et 1,1 Flavius Josèphe, Guerre des Juifs, V,5,2-3, texte, traduction William Whiston : dallage des cours et comparaison entre la porte de bronze corinthien et les portes revêtues d'or et d'argent. Maria Valtorta, EMV 68.1, corpus français et italien validés, consultés localement.
- ↑ 2,0 et 2,1 Tosefta Hagigah 2,9, texte hébreu et traduction consultés par l'API Sefaria ; Jean 10,23. EMV 67.6 ; 111.3 ; 243.3 ; 492.2 : formes italiennes « Bel Nidrasc » ou « Bel Nisdrasc », parfois normalisées dans le français consulté.
- ↑ 3,0 3,1 et 3,2 Mishnah Middot 2,3, traduction Joshua Kulp, texte consulté par l'API Sefaria ; Alfred Edersheim, The Temple: Its Ministry and Services, 1874, chapitre II, description des cours et des quinze marches. Maria Valtorta, EMV 6.3 et 507.12, corpus français et italien.
- ↑ Sanhédrin 88b, passage sur les sabbats et fêtes, lu par l'API Sefaria ; EMV 225.5, 281.4 et 478.5, corpus français et italien.
- ↑ 5,0 et 5,1 Western Wall Heritage Foundation, « Structures and sites », section « The Hasmonean Water Aqueduct », texte téléchargé et consulté ; EMV 507.12, corpus français et italien.
- ↑ Emek Shaveh, Underground Jerusalem, 28 octobre 2015, section sur les fouilles après 1967 : prolongement achevé en 1993, sortie ouverte en 1996.