La fuite en Égypte
Article de L'Énigme Valtorta (Jean-François Lavère), partie « Le Protévangile ».
« Un ange me l'a dit : prends l'Enfant et la Mère et fuis en Égypte »35.2. C'est avec les paroles même de Matthieu(Mt 2,13) que Joseph, dans l'œuvre, informe Marie qu'il leur faut quitter sans tarder Bethléem. « J'emporterai le plus de choses possible… À l'aube nous fuyons ». C'est aussi un départ précipité que nous décrit ce texte ancien : « Hérode, voyant que les Mages ne retournaient pas vers lui(...)commença à méditer en son esprit le meurtre du Seigneur Jésus. Alors un ange apparut à Joseph dans son sommeil, et il lui dit : "Lève-toi, prends l'enfant et Sa mère, et réfugie-toi en Égypte". Et, au chant du coq, Joseph se leva et partit[1] ». Maria Valtorta observe : « Jésus qui a l'âge où je l'ai vu dans la vision des Mages. Un enfant d'un an environ »35.2. Cette remarque n'est pas aussi futile qu'il paraît... Quand Il repasse pour la première fois à Bethléem, dans les débuts de sa vie publique, en juin 27, un habitant dialogue avec Jésus : « Quel âge as-tu ? ». « Trente ans ». « Alors tu es né justement quand… ». « Nous laissâmes la ville quand j'avais quelques mois... ». « Avant ce malheur, alors... »73.2. Puis quelques mois plus tard, en fin de l'année 27, tandis qu'Il va fêter son trente et unième anniversaire, Jésus reçoit une lettre émouvante de sa mère : « Ce sera la première fois que je me dis : Mon Enfant aujourd'hui a une année de plus, et je n'ai pas mon Enfant. Et ce sera plus triste que ton premier anniversaire à Matarea. Mais Tu accomplis ta mission et moi la mienne. Et tous les deux, nous faisons la volonté du Père et travaillons pour la gloire de Dieu. Ceci essuie toute larme »133.4.
Tous ces indices concordants nous informent que la fuite en Égypte, vers Matarea eut lieu quelques jours à peine après l'adoration des mages, à la fin d'octobre ou au début de novembre -4. Et ceci paraît assez logique, Hérode ayant dû prendre immédiatement la décision du massacre des innocents, dans un accès de fureur et de peur dont il était si coutumier, en constatant que les mages ne revenaient pas vers lui. C'est en tout cas ce que Joseph confie à Marie au moment de fuir : « Hérode veut sa mort… parce qu'il en a peur… pour son pouvoir royal, il a peur de cet Innocent, ce fauve immonde »35.5. Et il ajoute : « prends tout ce que tu peux. Ce sera utile parce que… parce que nous devons rester loin longtemps, Marie ! »35.3. Cette ultime précision montre qu'à cette date, la santé d'Hérode ne laissait donc pas encore présager sa mort prochaine. Beaucoup plus loin dans l'œuvre, cette réflexion du chef de la synagogue d'Engaddi, après avoir appris le massacre, ne mérite-t-elle pas d'être méditée ? « Si à trois qui n'étaient même pas d'Israël Dieu a envoyé l'étoile pour les inviter à adorer le Messie enfant ; s'Il les a guidés par elle vers la pauvre maison qu'ignoraient les rabbins d'Israël, les princes des prêtres et les scribes ; si par un songe Il les a avertis de ne pas repasser chez Hérode, pour sauver l'Enfant ; n'aura-t-Il pas, en usant d'une puissance encore plus grande, averti le
père et la Mère de s'enfuir, en emportant en lieu sûr l'espérance de Dieu et de l'homme ? »391.2.
Notes
- ↑ Apocryphe Évangile de l'Enfance, chapitre 9. Ce document, écrit initialement en syriaque ou en grec, est très ancien et remonterait au moins au 2e siècle (selon Brunet, Evangiles apocryphes p. 54).
Analyse critique
| Critère | Niveau | Justification |
|---|---|---|
| Exactitude des faits | 🟠 Mitigé | Les citations sont fidèles, mais la date précise, la santé d’Hérode et l’ancienneté de l’apocryphe ne sont pas établies comme l’affirme l’article. |
| Caractère inexplicable introuvable avant 1943-1947 ? |
🔴 Fragile | Matthieu et l’Évangile arabe de l’Enfance, traduit avant 1943, fournissaient déjà la fuite précipitée et la tradition de Matarea. |
| Rigueur de l'argument | 🔴 Fragile | Une compatibilité narrative devient une datation précise, et l’annonce d’un long exil sert indûment de preuve sur la santé d’Hérode. |
Ce que soutient l'article
L’article rapproche plusieurs passages de l’EMV pour situer la fuite en Égypte peu après la visite des mages, avant le premier anniversaire de Jésus, à l’automne −4. Il souligne leur accord avec Matthieu et un évangile apocryphe, puis déduit de l’annonce d’un long exil que la mort d’Hérode ne paraissait pas encore prochaine.
Points solides
- Les citations essentielles sont fidèles. L’italien donne bien « un infante di circa un anno » en 35.2, « di pochi mesi » en 73.2 et « primo genetliaco in Matarea » en 133.4. Les versions françaises conservent ces indications. Le rapprochement entre des chapitres éloignés n’est donc pas artificiellement produit par la traduction.[analyse 1]
- Le parallèle littéraire est exact : Matthieu 2,13-14 fait suivre la visite des mages de l’avertissement à Joseph et d’un départ nocturne. Le chapitre IX de l’Évangile de l’Enfance, dans la traduction de Brunet, situe effectivement le départ au chant du coq. Ce rapprochement documente une tradition narrative antérieure à Valtorta.[analyse 2][analyse 3]
Points discutables ou fragiles
- Les âges offrent une compatibilité souple, non une datation serrée. Un enfant approchant son premier anniversaire peut être décrit comme âgé d’environ un an ; « quelques mois » reste moins précis. Aucun de ces passages ne fournit, à lui seul, octobre, novembre ou l’année −4. La succession rapide après les mages est plausible dans le récit, mais le nombre de jours n’y est pas indiqué.[analyse 1]
- La date absolue suppose une chronologie historique discutée. Une fuite à l’automne 4 avant J.-C. ne convient pas à une mort d’Hérode au printemps de cette même année, datation classique défendue notamment par Jachowski. Lavère choisit ailleurs une mort en 1 avant J.-C. : il s’agit donc d’une hypothèse d’ensemble à justifier indépendamment, et non d’une date établie par les seules citations présentes.[analyse 4]
- L’annonce d’une longue absence ne renseigne pas sur l’état médical du roi : Joseph prépare un exil sans échéance connue. Matthieu lui prescrit d’attendre un nouvel avertissement ; le risque politique peut donc suffire à expliquer cette prudence. La réflexion du chef de synagogue en 391.2 reste, elle aussi, un raisonnement interne à l’œuvre, non un témoignage historique extérieur.[analyse 1][analyse 2]
- Ni la fuite précipitée ni Matarea n’étaient des informations introuvables avant 1943 : l’apocryphe était traduit par Brunet en 1848 et mentionnait également Matarea au chapitre XXIV. Cela établit une disponibilité documentaire, sans démontrer que Valtorta l’avait lu.[analyse 3][analyse 5]
Erreurs ou inexactitudes
- La note attribuant au document une origine au moins au IIe siècle confond l’ancienneté possible de matériaux et celle du recueil transmis. Dès 1924, M. R. James décrit l’Évangile arabe de l’Enfance comme une compilation tardive ; la notice actuelle de Tony Burke distingue ses versions et leurs ajouts. L’article ne démontre donc pas que son passage constitue un témoignage du IIe siècle.[analyse 6]
Bilan
La fidélité des citations et la continuité du récit constituent de vrais points positifs. Elles établissent surtout une cohérence littéraire avec des traditions accessibles ; elles ne suffisent ni à dater précisément la fuite, ni à diagnostiquer la situation d’Hérode, ni à montrer une connaissance historiquement inexplicable.
Sources de l'analyse
- ↑ 1,0 1,1 et 1,2 Maria Valtorta, L’Évangile tel qu’il m’a été révélé et L’Evangelo come mi è stato rivelato, 35.2-6, 73.2, 133.4 et 391.2. Corpus locaux français et italien consultés directement, chapitres 035, 073, 133 et 391, provenance validée pour cette recherche.
- ↑ 2,0 et 2,1 Matthieu 2,12-23, traduction AELF.
- ↑ 3,0 et 3,1 Gustave Brunet, Les Évangiles apocryphes, Franck, 1848, « Évangile de l’Enfance », chapitre IX. Texte intégral consulté.
- ↑ Raymond J. Jachowski, « The Death of Herod the Great and the Latin Josephus », Journal of Greco-Roman Christianity and Judaism, 11, 2015, p. 9-18, notamment p. 9 et 15. Voir aussi l’article de Lavère Naissance de Jésus et mort d'Hérode, qui expose son choix d’une mort en −1.
- ↑ Évangile arabe de l’Enfance, chapitres IX et XXIV, traduction Alexander Walker.
- ↑ M. R. James, The Apocryphal New Testament, « The Arabic Gospel of the Infancy », Oxford, 1924, p. 66-68 ; Tony Burke, « Arabic Infancy Gospel », e-Clavis: Christian Apocrypha, notice mise à jour en avril 2023.