La néoménie de Tamouz
Article de L'Énigme Valtorta (Jean-François Lavère), partie « Troisième année de vie publique ».
Pourtant, dans cette lettre, je crois nécessaire de souligner une donnée essentielle pour la chronologie dans l'œuvre. Synthyché écrit : « Jean est mort le sixième jour avant les nones de juin selon les romains[1], quasi à la néoménie de Tamuz pour les hébreux... »461.16. Traduite en langage moderne, cette phrase signifie que le 31 mai coïncida cette année là avec la nouvelle lune. L'astronomie montre qu'un tel événement ne se reproduit qu'une seule fois tous les 19 ans(selon le cycle de Méton de 6940 jours). Au premier siècle, cela se produisit en l'an 10, puis en l'an 29, puis en l'an 48, etc. Comme il semble totalement improbable que Maria Valtorta ait pu avoir à sa disposition les éphémérides lunaires du premier siècle, ce détail est vraiment remarquable[2]. Il est par ailleurs complètement cohérent avec la date de la Pâque 29[3], déterminée comme nous l'avons vu précédemment au samedi 19 mars. Comme l'a si bien observé Jean Aulagnier, « ce détail, combiné avec ce que l'on sait des années du calendrier juif de l'époque, permet de caler toute la période de la vie publique de Jésus[4] ».
Notes
- ↑ Les puristes affirmeront qu'un bon latiniste aurait plutôt écrit « la veille des calendes » (pridie calendas). Mais Synthyché, jeune esclave grecque ayant vécu en Palestine, ne maîtrisait peut-être pas toutes les subtilités du latin ?
- ↑ Les mathématiques prouvent qu'il y avait moins d'une chance sur 2000 que cela puisse tomber pendant une des 3 années de la vie publique, et seulement une sur 6000 que ce soit justement en l'an 29 !
- ↑ En effet, dans le calendrier lunaire juif, le 15 Nisan, jour de la Pâque, tombe toujours 75 jours avant le 1er Tamouz.
- ↑ Jean Aulagnier, Avec Jésus au jour le jour éd. 1985 p. 299.
Analyse critique
| Critère | Niveau | Justification |
|---|---|---|
| Exactitude des faits | 🟢 Solide | La nouvelle lune du 31 mai 29 se vérifie (catalogue NASA : 21 h 26 TU ; recalcul : 21 h 28), et le « presque » du texte est même plus juste que la lecture de l'article ; les à-côtés (an 10, date romaine, probabilités) sont en revanche faux. |
| Caractère inexplicable introuvable avant 1943-1947 ? |
🔴 Fragile | Ricciotti (1941) publiait déjà les dates de Nisan de l'an 29 ; le reste découle d'une simple addition de lunaisons. |
| Rigueur de l'argument | 🔴 Fragile | Les probabilités sont fausses d'environ deux ordres de grandeur (de l'ordre d'1 chance sur 30, non 1 sur 2 000), le détail sert à caler la chronologie qu'il est censé confirmer, et l'attribution au mois de Tamouz dépend d'une intercalation incertaine. |
Ce que soutient l'article
Dans sa lettre d'Antioche, Syntyche date la mort de Jean d'Endor du « sixième jour avant les nones de juin », « quasi » à la néoménie de Tamouz[analyse 1]. L'article y lit une nouvelle lune le 31 mai, phénomène revenant tous les 19 ans (10, 29, 48), improbable à plus de 1 contre 2000 par hasard, et cohérent avec une Pâque fixée au samedi 19 mars 29.
Points solides
- Le fait astronomique central est exact. La nouvelle lune a eu lieu le 31 mai 29 à 21 h 26 TU[analyse 2], soit vers 23 h 47 en heure solaire de Jérusalem. Mon recalcul indépendant donne la même heure à 3 minutes près[analyse 3].
- Le texte dit « quasi », ce qui est plus juste que la paraphrase de l'article. Le premier croissant, qui marquait la néoménie juive[analyse 4], était invisible à l'œil nu le soir du 1er juin (q = –0,19, catégorie D). Il était facile à voir le 2 juin (q = +1,42, catégorie A)[analyse 3][analyse 5]. Le 1er Tamouz tombait donc vers le 2 ou le 3 juin, et le 31 mai se plaçait bien « à peu près » à la néoménie.
- C'est une correspondance réelle, quoique modeste : un énoncé pris au hasard aurait eu environ une chance sur 30 de tomber juste au jour près.
Points discutables ou fragiles
- L'information était accessible en 1941. Ricciotti, en s'appuyant sur Fotheringham et Schoch, donne pour l'an 29 « il 14 Nisan nel sabbato 19 marzo ». Il ajoute que, si la néoménie avait été annoncée un jour trop tôt, le 15 Nisan serait tombé le samedi 19 mars[analyse 6]. C'est la date de l'article ; selon Messori, l'édition de 1941 fut « conservata poi sostanzialmente inalterata »[analyse 7]. De la pleine lune du 18-19 mars, deux lunaisons et demie (73,8 jours) mènent au 31 mai ou au 1er juin, sans éphéméride. Rien n'établit toutefois que Maria Valtorta ait lu cet ouvrage.
- Le raisonnement est circulaire. L'article reconnaît, avec Aulagnier, que ce détail sert à « caler » la chronologie. Il ne peut donc pas la confirmer de façon indépendante (citation d'Aulagnier non vérifiée).
- L'attribution à Tamouz est incertaine. La pleine lune du 18 mars 29 précède l'équinoxe, que je calcule au 22 mars[analyse 3]. Pour Humphreys et Waddington, la Pâque devait suivre l'équinoxe ; ils placent donc la lune pascale de 29 en avril, tout en admettant qu'aucun document ne renseigne sur les intercalations des années 26-36[analyse 8]. Dans ce cas, le 31 mai serait proche de la néoménie de Sivan, et non de Tamouz.
- La règle des 75 jours (note 728) vaut pour le calendrier fixe postérieur. Sous un calendrier d'observation, l'écart n'est qu'approché[analyse 4]. En outre, le 15 Nisan au 19 mars suppose un croissant vu le 4 mars au soir, ce qui était impossible (q = –0,50, catégorie F)[analyse 3].
Erreurs ou inexactitudes
- Les probabilités de la note 727 sont fausses. De l'an 1 à l'an 60, la conjonction tombe le 31 mai en 29 et 48 seulement (1 an sur 30), et à un jour près 6 années sur 60[analyse 3]. Sur trois ans de vie publique, la chance est donc d'environ 10 %, ou 27 % avec « quasi ». Loin d'une chance sur 2000 ou 6000.
- L'an 10 ne convient pas. La conjonction tombe le 1er juin[analyse 2]. Le cycle de Méton n'est donc qu'approximatif.
- La date romaine n'existe pas. En juin, les nones tombent le 5. Le 31 mai se dit pridie Kalendas Iunias[analyse 9]. La note 726 le reconnaît d'ailleurs.
Bilan
Le texte de Valtorta est exact : la fin mai 29 tombe bien à la nouvelle lune, et le « quasi » s'accorde même mieux avec le croissant observé que la lecture de l'article. Le caractère « inexplicable » n'est pas établi pour autant : une chance sur 30 n'est pas une forte improbabilité, l'année 29 est en partie fixée grâce à ce détail, et Ricciotti publiait dès 1941 les données permettant de le retrouver par simple addition. On peut y voir une cohérence interne remarquable de l'œuvre, mais pas une preuve.
Sources de l'analyse
- ↑ Maria Valtorta, L'Evangelo come mi è stato rivelato, ch. 461.16 (texte italien : « il sesto giorno avanti le none di giugno secondo i romani, quasi alla neomenia di tamuz secondo gli ebrei ») ; traduction française : « à peu près à la nouvelle lune de Tamuz ». Fichiers locaux de l'EMV vérifiés.
- ↑ 2,0 et 2,1 F. Espenak, « Phases of the Moon: 1 to 100 », NASA Goddard Space Flight Center (heures en temps universel, ΔT = 2 h 51 min pour l'an 29). Lien
- ↑ 3,0 3,1 3,2 3,3 et 3,4 Calcul reproductible : PyEphem 4.2.1 (calendrier julien, temps universel). Recherche de la conjonction Lune-Soleil autour du 31 mai pour les années 1 à 60, Jérusalem à 31,778° N et 35,228° E. Résultats : 31 mai 29 à 21 h 28 TU ; 31 mai 48 à 07 h 37 TU ; 1er juin 10 à 03 h 19 TU ; 30 mai 21 à 05 h 24 TU. La visibilité du croissant est évaluée par le test q de Yallop au « meilleur moment » (coucher du Soleil + 4/9 du décalage).
- ↑ 4,0 et 4,1 « Jewish Calendar », Judaism 101 (Mechon Mamre) : néoménie proclamée sur témoins, calendrier fixe d'Hillel II au IVe siècle, Nissan 30 j, Iyar 29 j, Sivan 30 j. Lien
- ↑ B. D. Yallop, A Method for Predicting the First Sighting of the New Crescent Moon, NAO Technical Note 69, 1997 : catégories A (q > +0,216) à F. Lien
- ↑ G. Ricciotti, Vita di Gesù Cristo, § 179-180 (consulté dans une réédition Mondadori ; le passage n'a pas été vérifié dans l'édition Rizzoli de 1941).
- ↑ V. Messori, « La vita di Gesù Cristo di Giuseppe Ricciotti », Vita e Pensiero, 1989. Lien
- ↑ C. J. Humphreys et W. G. Waddington, « The Date of the Crucifixion », Journal of the American Scientific Affiliation 37, mars 1985, p. 2-10. Lien
- ↑ D. Harper, « A Brief History of the Calendar, Part 4 », obliquity.com. Lien