Les vendanges sur une échelle.
Article de L'Énigme Valtorta (Jean-François Lavère), partie « De Re Rustica... ».
Comme on peut s'y attendre, il y a de très nombreuses références à la vigne dans l'œuvre de Maria Valtorta, puisque la vigne était omniprésente en Palestine. Au fil des diverses scènes décrites, la vigne y apparaît sous tous les stades de son développement. En janvier « la vigne encore nue et dépouillée »156.1 ; en mars ce sont « des festons de vignes encore dénudées, sauf qu'à leur sommet là où le soleil tape davantage c'est l'ouverture innocente, étonnée, palpitante des premières petites feuilles »14.1. Un peu plus tard en avril « ce doit être le printemps car les grappes sont déjà grosses comme des grains de vesce »21.1. Puis en mai « les vignes gonflent leurs grains et quelques grappes bien exposées commencent à prendre la couleur transparente du topaze et du futur rubis des grains mûrs »221.1. En juillet « sous le couvert de la tonnelle chargée de grappes »264.1. Enfin vient novembre « une tonnelle de vigne, maintenant dépouillée des grappes et des feuilles. Seules quelques dernières feuilles déjà jaunies pendent »298.2.

Ces évocations sont si nombreuses dans l'œuvre qu'elles devraient normalement exposer l'auteur à quelques incohérences. Mais, est-il utile de le préciser, c'est exactement l'inverse qui se produit. Toutes sont en parfaite harmonie avec la chronologie établie par ailleurs, et renforcent de ce fait la crédibilité de l'ensemble. Regroupées en un seul texte ordonné, l'ensemble de ces descriptions produiraient, je n'en doute pas, un opuscule que n'aurait renié aucun des six principaux auteurs romains ayant traité de cette question, à savoir Caton, Varron, Pline, Columelle, Martial ou Palladius.


Quand Maria Valtorta écrit : « le sentier est étroit entre les troncs d'arbres reliés les uns aux autres par les vignes »256.4 puis quand elle nous décrit une vendange, cela peut surprendre : « Les hommes grimpés sur de hautes échelles font la cueillette sur les tonnelles et les pieds de vigne. Les femmes, le panier sur la tête, apportent les grappes rouges et dorées aux fouleurs qui les attendent »108.1. Pourtant c'est exact : sous la Rome antique la pratique courante était de conduire les vignes sur des arbres[1], spécialement l'olivier. Les romains considéraient qu'un véritable mariage se réalisait, l'arbre transmettant sa force à la vigne.
Mosaïques romaines des vendanges
Après tant de vérités sur le vin et la vigne, oserai-je cette boutade : In vino veritas ?
Notes
- ↑ Voir en particulier Pline l'Ancien, Histoires Naturelles, livre 17.
Analyse critique
| Critère | Niveau | Justification |
|---|---|---|
| Exactitude des faits | 🟠 Mitigé | La vigne conduite sur arbres est attestée par Pline et la Mishna, mais l’olivier est survalorisé et un passage explicitement situé en février est classé en mars. |
| Caractère inexplicable introuvable avant 1943-1947 ? |
🔴 Fragile | Les pratiques décrites appartiennent à des traditions agronomiques et rabbiniques anciennes, sans démonstration d’une information inaccessible avant Valtorta. |
| Rigueur de l'argument | 🟠 Mitigé | La concordance agricole est réelle, mais les exemples ne suffisent pas à établir l’harmonie de toutes les descriptions avec une chronologie indépendante. |
Ce que soutient l’article
Lavère rapproche plusieurs descriptions de la vigne de sa chronologie et affirme leur parfaite cohérence. Il présente ensuite les vendanges sur de hautes échelles et les vignes reliant des arbres comme des détails surprenants, mais conformes aux pratiques antiques. Il invoque notamment Pline et privilégie l’olivier comme support.
Points solides
- Les descriptions citées sont bien présentes dans l’EMV, en français et en italien : vignes dénudées, premières feuilles, grains en croissance, tonnelles chargées puis dépouillées, arbres reliés par les vignes et vendangeurs sur des échelles. Les différences de traduction ne remettent pas en cause ce noyau descriptif.[analyse 1]
- La conduite des vignes sur les arbres est effectivement antique. Pline décrit des vignes grimpant très haut dans les peupliers de Campanie, au point d’évoquer le danger pour les vendangeurs. Son livre XVII explique aussi la conduite des sarments entre arbres. L’image du « mariage » appartient bien à son vocabulaire : Lavère dispose donc ici d’un appui réel.[analyse 2]
- Ce rapprochement ne dépend pas exclusivement de l’Italie. La Mishna, Kilayim 6,3-4, traite de vignes conduites sur des arbres, avec un exemple sur un figuier à Kefar Aziz ; 6,9 envisage expressément un rameau tendu d’un arbre à l’autre. Ce témoignage rabbinique apporte un appui plus directement pertinent au contexte palestinien, sans identifier la scène particulière de l’EMV.[analyse 3]
Points discutables ou fragiles
- Les échelles ne prouvent pas à elles seules la présence d’arbres supports : en 108.1, l’italien parle de pergolas et de vignes ; ce sont les arbres de 256.4 qui établissent séparément cette configuration. Les systèmes antiques étaient variés, comprenant aussi treillages, pergolas et vignes sans support.[analyse 1][analyse 4]
- Une succession générale de stades végétatifs ne valide pas tous les mois assignés. Ainsi, 21.1 évoque seulement le printemps ; 298.1 précise bien novembre. Il faudrait distinguer systématiquement les indications du texte des dates reconstruites, puis contrôler chaque lieu et chaque stade. Les exemples choisis ne démontrent donc pas à eux seuls l’affirmation d’une harmonie universelle.[analyse 1]
- Les pratiques invoquées figurent dans des textes anciens, et non dans une découverte postérieure à Valtorta. La réalité de la concordance n’établit donc pas une information inaccessible à son époque. Inversement, cette disponibilité ne prouve ni lecture personnelle ni emprunt : aucune filiation documentaire précise n’est démontrée ici.[analyse 2][analyse 3]
Erreurs ou inexactitudes
- « Spécialement l’olivier » ne correspond pas à la préférence énoncée par Pline. En XVII,200, il place d’abord l’orme, puis le peuplier noir ; il admet aussi le frêne, le figuier et même l’olivier, à condition que son feuillage ne fasse pas trop d’ombre. L’olivier est possible, mais n’est pas son support privilégié.[analyse 2]
- Le passage 14.1 classé sous mars commence explicitement par un doux mois de février, dans les deux langues : un mite febbraio. Cela ne prouve pas une impossibilité botanique, mais contredit la présentation d’une concordance mensuelle parfaite sans explication supplémentaire.[analyse 1]
Bilan
Le détail central est historiquement plausible et bénéficie même d’un parallèle rabbinique précis. Sa portée doit toutefois rester mesurée : la préférence donnée à l’olivier est à corriger, et la démonstration saisonnière présente au moins un décalage textuel explicite. L’article établit une compatibilité réelle, plutôt qu’une validation exhaustive de la chronologie ou une connaissance nécessairement exceptionnelle.
Sources de l’analyse
- ↑ 1,0 1,1 1,2 et 1,3 Maria Valtorta, L’Évangile tel qu’il m’a été révélé, 14.1 ; 21.1 ; 108.1 ; 156.1 ; 221.1 ; 256.4 ; 264.1 ; 298.1-2. Passages comparés dans les corpus français et italien validés.
- ↑ 2,0 2,1 et 2,2 Pline l’Ancien, Histoire naturelle, XIV,10-13 et XVII,199-211, texte latin.
- ↑ 3,0 et 3,1 Mishna, Kilayim 6,3-4 et 6,9, traduction anglaise Soncino, PDF p. 18-19. Texte consulté.
- ↑ Museo Galileo, Models of vine training systems, exposition Vinum, 2010. Présentation des systèmes décrits par Pline et Columelle.