Le Baptême au Jourdain
Article de L'Énigme Valtorta (Jean-François Lavère), partie « Première année de vie publique ».
Presque tous les commentateurs admettent également que le baptême au Jourdain fut le premier geste public de Jésus, au début de son ministère, et s'accordent sur l'époque où il eut lieu. En effet, à l'exception de saint Epiphane, la tradition générale de l'Église place le baptême du Sauveur à la date du 6 janvier[1]. Cette tradition remonte à la plus haute antiquité, puisqu'elle est déjà suggérée par Clément d'Alexandrie (Stromates, I, 21), et rapportée explicitement par Origène (Ezech. Hom. I).
Quiconque lit attentivement la description du baptême de Jésus donnée par Maria Valtorta pourrait être déçu de n'y trouver aucune information décisive de date ou de lieu. Elle ne rapporte également que peu de dialogues, précisant même : « je ne rapporte pas ses paroles, parce que ce sont celles des Évangélistes »45.3 . Mais ce serait faire bien peu de cas des visions de Maria Valtorta, que de penser qu'elle ne nous apprend rien, ici, que nous ne sachions déjà par les évangélistes. En effet, comme c'est presque toujours le cas dans cette œuvre monumentale, c'est seulement en regroupant des informations fournies au hasard des enseignements, des rencontres, des souvenirs, que peu à peu se dévoilent des détails que Maria Valtorta a pu négliger, ou simplement qu'elle ignorait lors de la vision initiale. A l'occasion d'un dialogue avec des passants, en mai 28, l'apôtre André témoigne : « Vous avez nommé le Baptiste. Eh bien, j'étais avec lui et lui nous montra Jésus qui passait, en disant : "Voici l'Agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde". Quand Jésus descendit au Jourdain pour s'y faire baptiser, les Cieux s'ouvrirent et une Voix cria : "Voici mon Fils bien-aimé, en qui Je me suis complu" et l'Amour de Dieu descendit comme une colombe pour resplendir sur sa tête »215.4, en parfaite conformité avec le récit de saint Jean.
De même beaucoup plus loin, Jésus rappelle que son baptême eut lieu « là-bas, au gué de Béthabara »487.6. Plus tard encore, Marthe envoie un serviteur prévenir le Maître que son frère Lazare est mourant. Elle lui ordonne : « Va au gué de Béthabara. Passe-le et va au village après Béthanie d'au-delà du Jourdain. Sais-tu ? Là où Jean baptisait au début »543.5. Comme Jésus passe par ce gué à plusieurs reprises, il devient possible, en recoupant les détails fournis, de positionner le lieu du baptême sur une carte. Pourtant, en 1944 cet emplacement n'était pas encore rigoureusement établi. Il fallut attendre plus de cinquante ans pour qu'il soit enfin pleinement authentifié[2].
Il n'est pas moins remarquable que l'on puisse situer aussi le baptême dans le temps, à l'aide de deux informations séparées par des centaines de pages. La première lorsque Jésus informe ses apôtres sur le lieu de son jeûne : « Moi j'y vins à la fin de la lune de tebet, et glacial était le vent »80.5. La seconde lorsque l'apôtre André témoigne de sa première rencontre avec Jésus[3] : « C'était un jour de cette lune »324.4. Jésus ayant quitté Nazareth le 13 tebet 3787, c'est dans la dernière semaine de tebet qu'Il fut baptisé, en plein hiver donc, comme l'a toujours affirmé la tradition.
En baptisant Jésus, Jean-Baptiste témoigne par deux fois : « moi je ne le connaissait pas »(Jn 1, 31-33). Cette double affirmation a surpris les commentateurs[4] qui s'interrogent : signifie-t-elle que le Baptiste avait déjà rencontré son cousin Jésus, mais sans savoir qu'il était le Messie ; ou signifie-t-elle qu'il ne l'avait vraiment jamais rencontré ? Dans l'œuvre de Maria Valtorta, Jésus répond à cette interrogation, car ses apôtres s'étonnent, eux aussi, qu'Il n'ait jamais revu ses cousins d'Hébron : « Quand, de retour dans la patrie, nous nous dirigeâmes vers Nazareth, avec la même prudence qui désormais guidait Zacharie, nous évitâmes Hébron et Bethléem (...). Même le jour de ma majorité, il ne fut pas possible de voir Zacharie venu pour la même cérémonie et parti la veille avec son fils. (...) Même ce qui était permis, on l'évita pour que le mystère couvrît d'ombre le Messie Enfant »136.9. Comme les apôtres insistent : « Et tu n'as jamais plus vu Jean ? » Jésus confirme : « Au Jourdain seulement, quand je voulus le Baptême »136.10.
Notes
- ↑ Remarquons que si Jésus commença sa vie publique juste après son 30e anniversaire, par son baptême au Jourdain, alors la tradition orientale qui fêtait ensemble la Nativité et le Baptême se trouve parfaitement justifiée.
- ↑ Campagne de fouilles menées par l'archéologue jordanien Mohammed Waheeb en 2000. Ce gué où Jean baptisait, à sept kilomètres à l'est de Jéricho, est un lieu symbolique pour Israël. C'est là qu'un dix de Nisan les hébreux traversèrent le Jourdain, avant la prise de Jéricho (Josué 4,19).
- ↑ L'étude chronologique montre que cette évocation par André se déroule le 27 tebet 3789, (soit le samedi 30 décembre 28).
- ↑ Voir par exemple saint Jean Chrysostome In Ioannem hom., 17, 2, PG 59, col. 110 ; saint Jérôme, ou encore saint Augustin Tract. in Ioannem, 5, 8, BA 71.
Analyse critique
| Critère | Niveau | Justification |
|---|---|---|
| Exactitude des faits | 🟠 Mitigé | Les références EMV et la convergence avec le site traditionnel sont réelles, mais la certitude archéologique et l’uniformité des témoignages anciens sont exagérées. |
| Caractère inexplicable introuvable avant 1943-1947 ? |
🔴 Fragile | Béthanie/Béthabara dans le bas Jourdain et la tradition hivernale étaient connues avant 1944 ; aucune précision exclusivement révélée par les fouilles n’est démontrée. |
| Rigueur de l'argument | 🔴 Fragile | L’article transforme une convergence traditionnelle en authentification et donne aux traditions calendaires une certitude excessive. |
Ce que soutient l'article
L’article estime que des passages dispersés permettent de préciser le lieu et la saison du baptême de Jésus : le gué de Béthabara, en hiver, à la fin de tébet. Il présente les fouilles modernes comme une confirmation exceptionnelle de la géographie valtortienne et le récit familial comme une solution à Jean 1,31-33.
Points solides
- Les rapprochements textuels sont fondés. L’italien d’EMV 487.6 nomme bien le gué de Betabara ; EMV 543.5 fait prendre la route de Jéricho, traverser ce gué puis gagner le secteur de Béthanie d’outre-Jourdain. EMV 80.5 situe expressément le jeûne à la fin de tébet, avec un vent glacial ; EMV 136.10 limite au Jourdain les retrouvailles avec Jean. L’article s’appuie donc sur des indications réelles, et non sur des noms ajoutés par traduction.[analyse 1]
- La convergence avec un important site traditionnel mérite d’être reconnue. Al-Maghtas, sur la rive orientale du bas Jourdain, possède des églises, installations baptismales et autres vestiges associés au pèlerinage chrétien. L’UNESCO reconnaît la valeur de cette tradition, matériellement attestée depuis le IVe siècle. Le rapprochement géographique général est donc sérieux.[analyse 2]
Points discutables ou fragiles
- Une localisation débattue n’était pas une localisation inconnue. Avant Valtorta, la Catholic Encyclopedia exposait déjà la variante Béthanie/Béthabara et plusieurs emplacements proposés, dont les ruines en face du gué de Mahadet Hadschle, près de l’embouchure du Jourdain. La présence d’autres hypothèses ne rendait donc pas inaccessible celle du bas Jourdain. Aucune consultation de cet ouvrage par Valtorta n’est établie.[analyse 3]
- Saison et date exacte doivent rester distinctes. La fin de tébet et le froid soutiennent la lecture hivernale. Mais le jour et l’année dépendent de la chronologie reconstruite par Lavère ; EMV 324.4 dit seulement « un jour de cette lune ». Ces recoupements ne suffisent pas à établir indépendamment un 6 janvier historique.[analyse 1]
- L’explication de « je ne le connaissais pas » reste une interprétation. L’absence de rencontres familiales est cohérente dans l’EMV, mais n’est pas attestée indépendamment. Les auteurs patristiques cités donnent eux-mêmes des lectures différentes : Chrysostome invoque la séparation et une reconnaissance révélée ; Augustin comprend l’ignorance comme portant sur un aspect du pouvoir baptismal du Christ.[analyse 4]
Erreurs ou inexactitudes
- « Pleinement authentifié » dépasse la preuve archéologique. Les vestiges établissent un culte ancien ; ils ne constatent pas directement le baptême de Jésus. La présentation française de l’UNESCO parle d’un « site probable » selon la tradition chrétienne. Cela renforce la vraisemblance du lieu sans démontrer l’emplacement exact de la scène valtortienne.[analyse 2]
- La tradition du 6 janvier est présentée trop uniformément. Clément rapporte une célébration chez les disciples de Basilide et deux dates, 11 et 15 Tybi, correspondant aux 6 et 10 janvier du calendrier ancien. Ce témoignage n’établit pas un consensus de l’Église. Le passage invoqué d’Origène appelle aussi une précaution : la recherche discute l’hypothèse d’un ajout de Jérôme dans sa transmission.[analyse 5][analyse 6]
- Le témoignage attribué à André combine plusieurs Évangiles. L’Agneau et la colombe figurent en Jean 1,29-34 ; la voix céleste citée appartient notamment à Matthieu 3,17. La référence à Jean seule ne documente donc pas tous les éléments cités : il faut aussi renvoyer à Matthieu. Cette harmonisation ne constitue pas une contradiction avec Jean.[analyse 7]
Bilan
La cohérence interne et l’accord avec une tradition géographique importante sont réels. L’article surestime cependant la certitude archéologique et la portée chronologique des traditions : il montre une compatibilité intéressante, sans démontrer une anticipation inaccessible aux lecteurs d’avant 1944.
Sources de l'analyse
- ↑ 1,0 et 1,1 Maria Valtorta, L’Évangile tel qu’il m’a été révélé, 45.1-5, 80.5, 136.9-10, 215.4, 324.4, 487.6, 543.5 ; vérification des passages dans les corpus français et italien validés par l’utilisateur, fichiers locaux ch045.txt, ch080.txt, ch136.txt, ch215.txt, ch324.txt, ch487.txt et ch543.txt. La traduction française actuelle de 543.5 condense la localisation, tandis que l’italien conserve al paese oltre Betania d’Oltre-Giordano.
- ↑ 2,0 et 2,1 UNESCO, Site du baptême « Béthanie au-delà du Jourdain » (Al-Maghtas), description et déclaration de valeur universelle exceptionnelle ; inscription en 2015.
- ↑ Andrew Edward Breen, « Bethany Beyond the Jordan », The Catholic Encyclopedia, vol. 2, repris dans l’édition 1913. Texte consulté.
- ↑ Jean Chrysostome, Homélie XVII sur Jean, 2-3 ; Augustin, Traité V sur Jean, 8. Traductions consultées.
- ↑ Clément d’Alexandrie, Stromates, I, 21, passage sur les basilidiens ; Cyril C. Martindale, « Epiphany », The Catholic Encyclopedia, 1909, pour les équivalences calendaires.
- ↑ Harald Buchinger, « On the Origin and Development of the Liturgical Year », Studia Liturgica 40, 2010, p. 14-45, section 2.b ; manuscrit accepté, p. 14, note 47 : discussion d’Origène, Homélies sur Ézéchiel, I, 4. L’hypothèse d’interpolation est rapportée, non considérée ici comme définitivement acquise.
- ↑ AELF, Jean 1,28-34 et Matthieu 3,13-17.