La mort du Christ en la Pâque de l'an 30
Article de L'Énigme Valtorta (Jean-François Lavère), partie « La Passion et la mort de Jésus ».
La chronologie, telle qu'elle ressort des écrits de Maria Valtorta ne laisse aucun doute sur cette date du vendredi 5 avril de l'an 30(7 avril julien). Pourtant ceci était loin d'être admis dans les années 1944/1947 : beaucoup hésitaient encore alors entre l'an 30 et l'an 33. Maria Valtorta, dans le livre d'Azarias, reçoit cette précision : « Sois toujours reconnaissante à ton Seigneur de t'avoir fait connaître quelques-unes des mille sept cent trente-sept semaines qu'il vécut dans le monde »[1]. Cette indication extrêmement précise est parfaitement compatible avec la chronologie tirée de son œuvre : entre le mercredi 10 décembre -5, jour de la naissance du Sauveur, et le vendredi 5 avril 30 (vendredi 7 avril 30 plutôt?), jour de sa Passion, il s'écoula effectivement mille sept-cent trente sept semaines[2] !
De façon indirecte, des indications du Talmud se rapportent aussi à l'an 30[3]. Telle celle-ci, du Talmud de Babylone : « Quarante ans avant la destruction du Temple, les portes du Lieu Saint s'ouvriront d'elles-mêmes »[4]. Plusieurs chercheurs considèrent que cette mention est en rapport avec les évènements qui accompagnèrent la mort de Jésus.
Des textes anciens évoquant les saints du premier siècle fixent assez fréquemment leur mort par rapport à la Passion ou à l'Ascension du Christ, et conduisent là encore à l'an 30. Ainsi il est écrit de Jacques le mineur « qu'il gouverna l'Église de Jérusalem pendant trente ans ». Puisqu'on sait précisément qu'il mourut à la Pâque 62, cela induit que la Passion de Jésus eut lieu en l'an 30. De même en est-il pour saint Martial de Limoges, « mort en l'an 3 du règne de Vespasien, en la 40e année de l'Ascension de Notre Seigneur, en la 28e année de son épiscopat »[5]. De même également pour saint Mathias (indication transmise par les saints Sophrone, Nicéphore et Dorothée), dont la chronique indique qu'il séjourna en Égypte et en Ethiopie près de trente trois ans. De retour à Jérusalem, il subit la lapidation puis fut décapité devant le Temple en l'an 63. Il quitta donc la Palestine en 30 ou en 31, peu de temps après l'Ascension et après sa nomination. On pourrait ajouter bien d'autres témoignages[6].
Notes
- ↑ Maria Valtorta, Le livre d'Azarias, dimanche des rameaux, page 61.
- ↑ Notons que ceci est proche de ce témoignage de sainte C. Emmerich : « Jésus-Christ arriva à l'âge de trente-trois ans et trois fois six semaines. Je dis trois fois six, parce que le chiffre six m'est montré en cet instant même trois fois répété ».
- ↑ Le Talmud rapporte que 40 ans avant l'incendie du Temple, le synhédriste Sadok ne cessa de jeûner pour obtenir de Dieu que le Temple ne fût point livré aux flammes. De même pour Yochanan ben Zachaï « 40 ans avant la destruction du Temple (...) les portes du sanctuaire s'ouvraient d'elles mêmes, jusqu'à ce que Yohanan ben Zakkay leur fit ce reproche: Sanctuaire, sanctuaire, pourquoi t'épouvantes-tu, toi-même ? Je sais que tu seras détruit et déjà à ton sujet Zacharie, fils d'Addo avait prédit » (Yoma 39b et Avoda Zara ch. 1)
- ↑ Mishna, Sabbat, 24, 5 ; Idioth 7, 1 ; Aboth 4, 5.
- ↑ Le règne de Vespasien commençant en 69, sa 3e année est en 71, qui est bien la 40e année après l'Ascension en l'an 30.
- ↑ Signalons encore que deux auteurs des premiers siècle situent clairement la Passion en l'an 30 : Jules l'africain (Chroniques) qui la place en « la 2e année de la 202e olympiade » ; et Lactance (De la mort des persécuteur, chap. 2) qui affirme que les apôtres « jetèrent les fondements de l'Eglise durant l'espace de vingt-cinq années, jusqu'au commencement du règne de Néron ».
Analyse critique
| Critère | Niveau | Justification |
|---|---|---|
| Exactitude des faits | 🟠 Mitigé | La date du vendredi 7 avril 30 (14 nisan) est sérieuse et majoritaire chez les historiens, mais l'article contient plusieurs erreurs : Lactance, les références de la note sur le Talmud, le jour de la semaine et le décompte des 1737 semaines. |
| Caractère inexplicable introuvable avant 1943-1947 ? |
🔴 Fragile | Dès 1941, la Vita di Gesù Cristo de Ricciotti, best-seller italien, donnait le vendredi 7 avril 30, 14 nisan, comme l'opinion la plus suivie ; l'âge de 33 ans et quelques mois est traditionnel. |
| Rigueur de l'argument | 🔴 Fragile | La chronologie a été reconstruite par des lecteurs (une autre lecture du même texte aboutit à l'an 34) ; le nombre de semaines ne permet pas de choisir l'année, et les appuis anciens sont légendaires ou mal cités. |
Ce que soutient l'article
D'après l'article, la chronologie tirée de l'œuvre place la mort de Jésus le vendredi 7 avril 30 du calendrier julien (5 avril en grégorien proleptique), à une époque où beaucoup hésitaient encore entre 30 et 33. Le Livre d'Azarias (1946) parle de « 1737 semaines » de vie terrestre, ce qui confirmerait cette date. L'auteur ajoute des indices tirés du Talmud et de traditions anciennes (Jacques, Martial, Mathias, Jules l'Africain, Lactance).
Points solides
- Le vendredi 7 avril 30 (julien) est l'une des deux seules dates, avec le 3 avril 33, où le 14 nisan tombe un vendredi sous Ponce Pilate (26-36)[analyse 1][analyse 2]. L'équivalence avec le 5 avril grégorien est juste : l'écart entre les deux calendriers est de deux jours au Ier siècle (calcul par jour julien, reproductible).
- C'est aussi la date que retiennent aujourd'hui la plupart des spécialistes. J. P. Meier écrit : « Jesus was dead by the evening of Friday, April 7, 30 ». R. E. Brown, lui, ne tranche pas entre 30 et 33[analyse 2].
- La citation d'Azarias est authentique (14 avril 1946). L'original italien porte bien « 1737 »[analyse 3].
Points discutables ou fragiles
- L'an 30 n'avait rien d'original vers 1944. En 1941, Giuseppe Ricciotti retient le « 7 aprile dell'anno 30, il giorno 14 del mese Nisan ». Il note que les partisans de l'an 30 sont « più numerosi ancora » que ceux de 29 ou de 33[analyse 4]. Le livre est un succès en Italie : 40 000 exemplaires vendus en 1941-1942[analyse 5]. Le bilan de J. Blinzler, cité par J. R. Chadwick, va dans le même sens : 53 auteurs sur 100 pour l'an 30 et 24 pour l'an 33[analyse 6]. Il y avait bien eu des hésitations : en 1908, la Catholic Encyclopedia penchait encore pour 29[analyse 7]. De même, Fotheringham (1934) puis Humphreys et Waddington (1983) ont défendu l'an 33[analyse 2][analyse 1]. Le débat reste ouvert : pour Bond, la date ne peut plus être fixée plus précisément qu'entre 29 et 34[analyse 2].
- La chronologie de l'œuvre a été reconstruite par des lecteurs. Avec le même texte, Liberato De Caro place la crucifixion le vendredi 23 avril 34[analyse 8]. L'article affirme donc trop vite que la date « ne laisse aucun doute ».
- Les 1737 semaines ne disent rien de l'année. 1737 semaines font 33,3 ans, soit l'âge traditionnel du Christ. L'éditeur italien l'explique d'ailleurs ainsi : « 33 anni (1716 settimane), più 21 settimane »[analyse 3]. Le même nombre convient aussi bien à une naissance en décembre 2 av. J.-C. suivie d'une mort en 33. Emmerich donnait déjà « thirty-three years, four months, and two weeks », soit environ 1740 semaines[analyse 9].
- Les indices tirés du Talmud sont vagues. Yoma 39b décrit des présages survenus pendant une période de « quarante ans » avant la destruction du Temple, et non à une date précise[analyse 10].
- Jacques, Martial et Mathias sont des appuis faibles. Les « trente ans » de Jacques viennent de Jérôme[analyse 11]. Sa mort en 62 se déduit de Josèphe[analyse 12]. Le chiffre est rond, et Jacques n'a pas dirigé l'Église de Jérusalem dès la Passion. Pour Mathias, les traditions sont « vague and contradictory »[analyse 13].
- Jules l'Africain renvoie bien vers 30. Il place la Passion dans la 16e année de Tibère. Mais il arrive à ce chiffre par un calcul sur les « soixante-dix semaines » de Daniel[analyse 14].
Erreurs ou inexactitudes
- Lactance situe la crucifixion en 29, et non en 30. Il la date « in the consulship of Ruberius Geminus and Fufius Geminus »[analyse 15], consuls de l'an 29[analyse 16][analyse 7]. Ses « vingt-cinq années » jusqu'à Néron (54) donnent aussi 29.
- La note 858 cite de mauvaises références. Mishna Shabbat 24,5, Edouyot 7,1 et Avot 4,5 parlent de rabbi Tsadok, pas des portes du Temple. Le jeûne de quarante ans de Tsadok se trouve en Gittin 56a[analyse 17].
- Le calcul des semaines ne tombe pas juste. Le tableau de Lavère lui-même donne « mardi 10 décembre de l'an -5 », et non mercredi[analyse 8]. Du 10 décembre 5 av. J.-C. au 5 avril 30 (grégorien), on compte 12 169 jours, soit 1738 semaines et 3 jours, et non « effectivement » 1737 (calcul reproductible).
- Martial n'est pas un saint du Ier siècle. Il était évêque au IIIe siècle. Sa date « en la 40e année de l'Ascension » vient d'une Vita forgée au XIe siècle[analyse 18].
Bilan
La date retenue par l'article est sérieuse. C'est même la plus répandue chez les historiens, avant comme après 1945. C'est précisément ce qui lui enlève tout caractère exceptionnel : en 1941, l'ouvrage italien de référence de Ricciotti donnait déjà le vendredi 7 avril 30, 14 nisan, comme opinion majoritaire. Le « nombre de semaines » d'Azarias est authentique, mais il exprime l'âge traditionnel de 33 ans et quelques mois. Il ne permet pas de choisir entre 30 et 33 et ne correspond pas exactement aux propres dates de l'auteur. Plusieurs appuis anciens sont légendaires ou mal cités, en particulier Lactance, qui dit 29. L'œuvre est donc cohérente avec l'hypothèse la plus courante, sans que cela prouve une connaissance inaccessible à son autrice.
Sources de l'analyse
- ↑ 1,0 et 1,1 C. J. Humphreys et W. G. Waddington, « The Date of the Crucifixion », Journal of the American Scientific Affiliation, 37, mars 1985, p. 2-10 (version développée de leur article de Nature, 306, 1983, p. 743-746). Lien
- ↑ 2,0 2,1 2,2 et 2,3 H. K. Bond, « Dating the Death of Jesus: Memory and the Religious Imagination », New Testament Studies, 59/4, 2013, p. 461-475. Lien
- ↑ 3,0 et 3,1 M. Valtorta, Libro di Azaria, Domenica delle Palme (14 avril 1946), éd. CEV, avec la note 17 de l'éditeur. Lien
- ↑ G. Ricciotti, Vita di Gesù Cristo, Milan, Rizzoli, 1941, § 181 ; trad. anglaise The Life of Christ, 1947, p. 163-166. Lien
- ↑ « Vita di Gesù Cristo », Wikipedia (it.), consulté le 4 octobre 2026. Lien
- ↑ J. R. Chadwick, « Dating the Death of Jesus Christ », BYU Studies, 54/4, 2015. Lien
- ↑ 7,0 et 7,1 J. Howlett, « Biblical Chronology », Catholic Encyclopedia, 1908. Lien
- ↑ 8,0 et 8,1 « Études chronologiques de L'Évangile tel qu'il m'a été révélé », Wiki Maria Valtorta (tableaux Lavère et De Caro), consulté le 4 octobre 2026. Lien
- ↑ A. C. Emmerich, The Life of Jesus Christ and Biblical Revelations, éd. C. E. Schmöger, vol. I. Lien
- ↑ Talmud de Babylone, Yoma 39b, Sefaria. Lien
- ↑ Jérôme, De viris illustribus, 2. Lien
- ↑ « James, brother of Jesus », Wikipedia (en), consulté le 4 octobre 2026. Lien
- ↑ J. E. Jacquier, « St. Matthias », Catholic Encyclopedia, 1911. Lien
- ↑ Jules l'Africain, Chronographie, fragment XVI, ANF VI. Lien
- ↑ Lactance, De mortibus persecutorum, 2. Lien
- ↑ « Gaius Fufius Geminus (consul 29) », Wikipedia (en). Lien
- ↑ Mishna Shabbat 24,5 ; Edouyot 7,1 ; Avot 4,5 ; Talmud, Gittin 56a, Sefaria. Lien Shabbat ; Lien Gittin
- ↑ L. Clugnet, « St. Martial », Catholic Encyclopedia, 1910. Lien